Toi
qui tour à tour me regarde,
regarde les nuages,
je te sens,
quand tu me regardes, si lointain,
quand tu regardes les nuages, si proche.
Gu Cheng
A l’ombre du jardin
Sur la chaise longue
Pendant la sieste
Les vrilles du volubilis ont poussé
Les vrilles ont poussé puis
Ont enlacé ses jambes
Ont rampé sur son cœur
D’un cœur amoureux
Pénétré son nez
Son crane
Y font scintiller mille fleurs
Comme un feu d’artifice
Et alors dans son jardin
Au mois d’août
Une neige fine mais indiscutable
Est tombée
Tsesuo Shimizu
« Qu’on s’en persuade : il nous a fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester des poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qui nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’homme nous force à prendre part.
Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison n’en fait pas du tout. »
Francis Ponge
Le feu brûle ; c’est la première loi.
Quand le vent l’attise, ses flammes
s’étendent autour. La parole
attise les flammes. Tout a été combiné
pour qu’écrire vous
consume, et pas seulement de l’intérieur.
En soi, écrire n’est rien , se mettre
en condition d’écrire ( c’est là
qu’on est possédé) équivaut à résoudre 90 %
du problème : par la séduction
ou la force des bras. L’écriture
devrait nous libérer, nous
libérer de ce qui, tandis
que nous progressons, devient un feu,
un feu destructeur. Car l’écriture
vous agresse aussi, et il faut
trouver le moyen de la neutraliser – si possible
à la racine. C’est pourquoi,
pour écrire, faut-il avant tout (à 90 %)
vivre.
William Carlos William
Je voudrais rester là, dans la rue froide
pour voir deux fenêtres allumées sur une façade.
Celle qui demeure ici m’est très chère.
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.
Marcher jusqu’au coin, revenir lentement,
pour te voir apparaître, qui sait.
Te savoir si proche… Pourquoi rester ici ?
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.
Karin Boye
« Le poème conduit, confusément, vers ce que l’on est. Mais que d’échecs, que de chemins battus sans issue ! Nos mots les plus simples bougent, pourtant : vois le geste de l’a, le geste du b. Ainsi court la phrase, ainsi s’accroche-t-elle au papier. Pour tous, la poésie regorge de mots. A travers elle, nous sommes sains et saufs. Mais vit toujours la ville et ceux qui vivent ici, ceux qui disent « muscat », « coups pleuvent », « courants d’air ». »
Jacques Izoard (de « Vêtus, dévêtus, nus : poèmes »)