à l’endroit
où bifurquent
les songes
une ombre
épaisse
sous un chapeau mou
dit à ceux
qui sont
arrêtés –
du tronc coule
une eau bleue
le vent efface la pierre
et la lune entière
viendra franchir
l’horizon
Jean-Pierre Vanhonsebrouck
Choses et gens nous
entourent. Et les deux
déchirent l’œil.
Je suis assis sur un banc
du parc et je suis des yeux
une famille qui passe.
La lumière me répugne.
C’est janvier. L’hiver.
Selon le calendrier.
Quand le noir me répugnera,
alors je parlerai.
Joseph Brodsky
Cécile Hesse & Gael Romie
Carrare là où la campagne donne le marbre
Là où j’ai passé un été
Les alouettes il n’y en avait pas et les serpents ne sortaient pas
Le soleil simplement d’un tapis de prunes bleues est sorti
Puis vers le tapis de prunes bleues s’est incliné
Et l’adolescent dans la rivière attrapa un dauphin
Junzaburō Nishiwaki
« Avant de savoir si j’apprécie ou pas le texte que j’ai sous les yeux, j’aime à ce qu’il ne ressemble à rien de connu. Dès qu’un référent se superpose ou reste en filigrane, la lecture perd beaucoup de son intérêt pour moi. On peut bien sûr déceler dans un poème des résonances, des résurgences, des influences, mais ce qui est vraiment décisif, ce sont les sonorités inédites, les alliages de sons et de sens qui n’avaient pas encore été tentés, risqués, expérimentés. »
André Velter
tes yeux attendent devant ma vie
comme nuits, qui se tendent vers les jours,
et le rêve lourd repose sur elles incréé.
des étoiles étranges regardent fixement vers la terre,
couleur métal avec l’errance de la nostalgie,
avec des bras brûlants qui cherchent l’amour
et dans la fraîcheur n’agrippent que de l’air.
Else Lasker-Schüler
A l’ombre du jardin
Sur la chaise longue
Pendant la sieste
Les vrilles du volubilis ont poussé
Les vrilles ont poussé puis
Ont enlacé ses jambes
Ont rampé sur son cœur
D’un cœur amoureux
Pénétré son nez
Son crane
Y font scintiller mille fleurs
Comme un feu d’artifice
Et alors dans son jardin
Au mois d’août
Une neige fine mais indiscutable
Est tombée
Tsesuo Shimizu
« Qu’on s’en persuade : il nous a fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester des poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qui nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’homme nous force à prendre part.
Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison n’en fait pas du tout. »
Francis Ponge