A l’enfant


nos langues

se croisent

sans jamais

se toucher

la mienne

usée

s’empourpre

sous l’effort

la tienne

plus parente

vit

à mes côtés

Miguel Hernandez

(de) Lignes d’écriture

.

on s’interroge n’est-ce pas suffisant d’être là parmi tout ce qui s’offre sans fin
se sentant misérable

de n’en saisir
rien

n’est-ce pas suffisant d’être parmi les voix les corps de les toucher parfois d’être touché
et de sentir l’imperceptible

frémissement de
l’air

n’est-ce pas
suffisant

.

Christine Bloyet

Harold Feinstein

(de) La mer écrite

.

Ces cordages faits pour retenir les bateaux de rejoindre le vent et de s’y perdre.

La mer est toujours surveillée, vérifiée.

Dès fois qu’elle ne voudrait plus vivre.

Comme il y a des gens qui ne veulent plus partir mais seulement rester là, à vivre dans l’immobilité du temps.

.

Marguerite Duras

Hélène Bamberger

Un soleil

.

Je voulais savoir

qui

Tu

es. Ma nuit, c’est que jamais je

.

n’ai vu

qui

tu étais. Tu as disparu quand je t’ai demandé

pour la troisième

.

fois.

Je voulais que tu

dessines

un soleil

.

Jan Erik Vold

Tom Sandberg

Apartée


tisse

la lumière

jusqu’au tourment 

pour que le manque

devienne enfin

visible

Will Hooper

Joindre le geste


ma main

creuse

le désuni dans lequel

les mots sont englués

non pour le poème

mais

le soir tombe

et je ne m’entends

plus parler

Massimo Léardini

(de) Jour des morts

.

Il y a un cimetière

ma main qui grince

sur le portail il y a

une tellement véritable allée

mes pieds sur le gravier

j’avance les fleurs sont

je me penche fatalement

jaunes où tu demeures

.

Chantal Ravel

Ni Tanjung

Sur place



je n’ai rien

à faire

sinon marcher

marcher

dans la poussière du je

marcher

dans les pas de

ce que j’ai crû être

marcher

pour marcher

Jessi Boyd-Reid

Denise Desautels

.

« Comme poète, il me semble qu’on est toujours en danger de répétition. De piétinement. Avec le temps, on arrive à se créer un langage, un univers, un style, quelque chose de précieux avec lequel on se sent à l’aise et qu’on devrait pouvoir pousser toujours plus loin, transformer à sa guise. Or, je n’ai jamais été sûre d’avoir cette aptitude naturelle pour la métamorphose » – Denise Désautels