Signe de quoi

.

ce geste épeuré

au bout de sa tige

à s’y méprendre

à la ronce que le doigt écarterait

sur un côté

.

le froid passe sous la peau

l’œil se tasse

de l’envers nait

un endroit

la tête sous une épaule

.

il n’y a plus de mot

Robert Van der Hils

(de) La moitié du geste

.

déterre-moi

dit à l’œil

le reflet

.

mais l’œil

ne voit en face 

ni le baiser désert

.

ni la mort de l’obscur

gelé

dans le volume faux

.

qui se tutoie

en l’air

sa langue y perd

.

car le tu

est sous la peau

la profondeur

.

Antoine Emaz

Philipp Schopke

Poème quantique

.

par fulgurance

des ombres à travers

la chaussée

.

il est six heures

.

la voix d’une femme

dans le dos

.

aussi

des visages attentifs

quand d’autres sondent

la dureté

.

tu dis

.

la scène

par un nombre de fois incalculables

est rejouée

.

comme un surcroit

de tableaux que de petits détails

viennent à chaque fois

dissembler

Christina Coral

Fading

la mémoire

de l’œil s’éteint doucement

.

est une ombre

la nuit

qui erre dans un demi-sommeil

.

si loin du chemin

.

avec des mots épandus

dans une langue étrangère

et par une autre voix

Emily Graham

Appendice

.

corps et voix

s’entassent à l’autre bout 

de soi

 

sans l’appel du désir

l’œil ne peut ni les convoiter

ni les retenir

 

la  porte s’ouvre

et sous la couleur orange

ils vont

comme des ballons

ivres rejoindre

le néant

Kile Thomson

Mars

 

sans cesse

sous la ligne de pente

jeter les pieds

au devant de soi

 

jambes titubantes

de l’enfant au réveil

le souffle court et

du sable plein la tête

 

rendre l’endroit

qui révèle au regard

la mer

Tel

.

à n’en plus finir

la façon du visage

dans le miroir des eaux

.

un œil en proie

à lui-même

aussi méfiant que la bouche

.

et l’écho de la voix

quand elle accouche d’un autre

soi-même

Archeno

Rivière

.

nos corps blancs

que le courant emporte

au loin

.

l’eau n’est plus de l’eau

la lumière durcit et

l’œil est maintenant

.

si las que les racines

garnissent le ciel

vie absconse

.

au couchant

le passage se referme

sur lui-même

.

et les seuls visages

qui s’ouvrent sont ceux

qui n’ont pas de nom

 Abigael Varney

Photo de famille

 

un soir

alors que rien

ni personne

la porte s’ouvre et c’est l’hiver

l’air s’engouffre

il fait froid

les yeux se ferment

 

on se couche en silence

contre soi

 

vivre pour ne pas

vivre

 

on rassemble le peu

qu’il reste

Natacha Nikouline

 

Objets

.

une chaise paillée

 avec des petites tables

en bronze

.

également

une collection de vieux livres

rangés par pile

.

il faudrait un voile ici pour masquer

la couleur du  jour

 .

un lampadaire branlant

et deux tirages en noir et blanc

dans un cadre clair

.

un homme qui prie

sous un buisson ardent et une grappe d’enfants

accrochés à des grilles

.

telle est la pièce

vois-tu dans laquelle

j’attends

Boris Mikhailov