Ce que j’en sais

.

même

si le temps fait juter l’os

la somme reste la même

.

est

ce que le corps sait

avec la souche qui nourrit

la veine et les gestes de

l’au-dedans

.

il ne pleut pas

mais vois-tu

la langue s’ennuie

.

alors

de chercher un lieu  

ou un passage vers des mains

la bouche

.

une ombre

qui voudrait se mélanger

à la mienne

Bharat Sikka

Ce que le ciel observe

.

dans le rêve

qui nous occupe

l’œil propage une lumière qui brûle

nos projets

ces visages ne sont ni les nôtres

ni ceux des autres

les voix dans l’oreille refluent

vers la lenteur des âmes et par-

dessus les arbres

s’amassent les nuages

inutiles

.

comme si la vie était prise ici

à son propre piège

Margharita Chiarva

Je me mens

.

de la place qui est la mienne

sur la table

je vois l’homme qui marche

avec une verseuse de café noir

.

aussi

des oiseaux gonflables

accrochés aux branches

nos yeux logés les uns

contre les autres

.

sans doute est-ce

le lendemain ou le jour

d’avant

Egon Schiele

Les monstres ne chôment pas

.

ces crocodiles

longs de quelques centimètres

l’œil fiévreux

qui arpentent le parquet

ont-ils peut-être une mère qui attend

dans l’eau saumâtre

du bain

Pierre Alex

Aphasie

.

après

l’épreuve de la langue

– mots jusqu’à l’épuisement

le corps retrouve la rue

.

une joue pleure

l’air est sans trace

il y a

.

ce chemin

qui avance dans le vide

la vie est nue et

c’est la nuit

Diana Taman

Après coup

.

la nuit

où nous avons parlé de vous

et des autres

de ce qu’il advient quand

l’hiver inflexible dure sous la peau

un court instant

il m’a semblé voir une lune

rose

Jacques Bonenfant

Comme si rien

.

de peigner

le cheveu qui dépasse et

d’aller en arrière et

d’obéir au tumulte des voix et

de fouiller la beauté des visages et

d’attraper qui le bras ou une bouche et

de rire à s’en étouffer et

de voir en douceur la nuit se

transfigurer

Ataa Oko

La vie sans fin

.

suis ces bêtes

qui traversent avec

leurs prairies

les orées

le ciel et l’ombre sous

les nuages

aussi la flache

pleine de petits têtards

et le sentier pierreux

sur lequel un bâton te tient

par la main

.

tout est encore là

Albert Louden

Le pain dur

.

si longtemps

que la main bouge

la somme reste la même

le corps est dans la tête

il y souffle le feu

mais dans le débord de mots

qui mangent la bouche

ou du commis en dedans

à son insu

on l’entend

Jean-Christophe Béchet

Soi-même comme un autre

.

ce visage

qui n’est pas le mien

ni tout à fait autre

qui n’est pas non plus celui que je quitte

au matin quand la lumière

s’éteint

Egon Schiele