Photo de famille

 

un soir

alors que rien

ni personne

la porte s’ouvre et c’est l’hiver

l’air s’engouffre

il fait froid

les yeux se ferment

 

on se couche en silence

contre soi

 

vivre pour ne pas

vivre

 

on rassemble le peu

qu’il reste

Natacha Nikouline

 

Objets

 

une chaise paillée

 avec des petites tables

en bronze

.

également

une collection de vieux livres

rangés par pile

.

il faudrait un voile pour ici masquer

la couleur du  jour

 .

un lampadaire branlant

et deux tirages en noir et blanc

dans un cadre clair

.

un homme qui prie

sous un buisson ardent et une grappe d’enfants

accrochés à des grilles

.

telle est la pièce

vois-tu dans laquelle

j’attends

 

Boris Mikhailov

Réveil

 

sous le vent

le frisson des feuilles mortes

avec ce vol d’oiseaux qui occupe

le ciel

jalousement

mutité

du jour qui se lève

l’air est frais

il reste des braises

mais l’éloignement apaise

la durée

 

 

Vadim Solovyov

Presque un souvenir

 

l’œil boit

la saison qui s’achève

 

il boit le ciel

les arbres et le fruit

 

les voix chères

les visages

 

il boit l’abondance

ou le manque d’envie

 

aussi les lumières

qui défont la nuit

  Pierro Percoco

Après que la blancheur

 

au matin

l’œil revient à ce qu’il a

de cher puis il échappe

au gardien

toujours

ce même appel

un creux sans cesse

 

la chose qui tord

l’intérieur

 

l’hiver au début

Gyula Halász alias BrassaÏ

 

Poésie du chien

 

à l’heure dite

le corps solaire ne suffit plus

 

grise est la lumière

l’envers vaut l’endroit

 

et au vent monte

la belle odeur des pierres

 

le silence aussi

.                       on voit

le silence

déplier une aile par-dessus

les toits

Maude Schuyler Clay

Habitance

 

ce que tu dis

et ce qui est tu

 

ce premier tu qui avance

à son pas

le visage clair et sans l’entrave

ou

l’autre

de ces mots

en petit nombre à chaque fois

ravis aux confins

du silence

 

et ce pendant – sais tu

à force de rien effile le mystère

ineffable

  Yean j Yue

Chemin des moulins

 

dans le long couloir

qui nous habite

l’œil colle à l’absence

 

des corps

sans grâce y flottent

en silence

les murs se couvrent d’ombres

fleurées

sans soute sommes-nous morts

sans même le savoir

 

au cœur de l’été  

Matthew Beck

Toussaint

 

la petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle jouxte

sait-elle où vont les morts

quand ils nous dés-appartiennent

le jour de tes funérailles

nous étions pourtant là

le regard comblé de roses

si peu oublieux

à prier sous un ciel

de taille

   Bertrand Lamouroux

 

 

La fin des fins

 

invisibles

l’un de l’autre

sourdes carcasses sillant

le rivage

nous avons perdu l’épreuve du temps

maintenant le regard bat

dans l’ombre des objets et le silence

pour ce qu’il n’est plus

Soo Burnel