Au bout du monde


 

où finit la route

il y a une maison cachée

derrière la broussaille.

Avec des persiennes closes

et un véhicule garé

sur le bas côté.

Où commence la route

une femme regarde le soleil

se coucher. Elle récite

quelques vers à propos d’un arbre

plus haut que les autres et

ses escarpins rouges flamboient

dans la poussière

de l’été.

 

tv

Mo Langel

 

 

 

Maps

 

dans la lumière

du bourg ouvrier

J’envisage

les murs du pavillon

d’autrefois

: le vieux saule

hirsute et l’entrepôt

de marchandises

le fil à linge

 

l’ombre à la fenêtre

: du doigt

J’étire la matière

mais loin de grandir

le songe éclate

soudain

 

tv

Ian Kline

Le charmant Som

 

du ciel brouillé

une ombre par-dessus

les têtes. Et d’un seul coup

de franchir les crêtes

qui bordent les versants

déserts.

Ainsi perçons-nous le conte

mon amour : une vallée couchée

sur un banc de brume

du vent furieux et à l’entour

des bêtes tirées

du néant

 

tv

saatchi art

 

Cross street

.

Curieux

ces deux maisons

si proches l’une

de l’autre. A peine

une ombre entre les murs

passerait. De l’inversion

:  vivre au bord de l’abime

si près l’un de l’autre et

répartir l’habitude

pour se fondre

dans le vide

attenant

.

tv

 Liu Bolin

Au matin

 

une échelle de cordes jetée

du firmament

des rhizomes à foison

sous l’écorce

tiède

la terre qui fleure bon le sel

et l’agrume

deux soleils pareils

dans un ciel entièrement

bleu

 

et ce vieil indien

allongé sous un pommier

en fleur ?

 

tv

Mathias Valewink

Une vie comme ça

 

l’espace

empli d’une lumière

allusive

des fleurs éternelles et

trois cailloux repris

à la rivière

 

le sol jonché

de pareils résidus et

rien d’autre

 

 

 

si

le soir

cette enfant qui colle

le front à la vitre avant d’établir

le néant.

 

© Jacques Bonenfant

Maria Svatbova

 

 

Le jour d’après

.

ce jour

est un paysage perdu

dans la brume.

Pourtant

une chambre vivait ici et

dans cette chambre

un jour,  j’ai crié

: il pousse là

de si belles fleurs.

.

© tv

Yota Yioshida

 

Aylan

.

à peine

étions-nous partis

que la mer revint effacer

nos empreintes

sur le sable.

Le ciel était gonflé

de larmes, nous avancions

tête basse ; et le bruit des vagues refluait

vers les grands arbres,

à l’endroit même de nos habitudes.

.

© tv

Maryam Alakbarli

 

Boulevard de la Colonne

.

le corps baigné

d’une douce écume,

à marcher au hasard

parmi les ombres basses.

L’esprit palpite

du bruit

que font les objets

inutiles, l’astre rigole

et on entrevoit

au loin

des corps que la lumière

consomme.

.

©  tv

Carlo Zinelli

 

La femme pieuvre

 

.

le corps

impatient

de la femme pieuvre

sous le drap rose

le sel

de sa peau

humide

.

et creuse.

Le jour renaît.

De l’adolescent

que ses bras nombreux

enlacent, peu de chose

en vérité : des ailes

.

en papier vélin

un œil bien rond

et un fatras de mots

joyeux

qu’elle goûte

comme autant de fruits

amers.

.

©  tv

Francis Picabia – Héra