Écrire la suite

.

tel que je le vois

le monde n’existe pas

.

celui que tu acclames  

non plus d’ailleurs – le temps

où tu prédisais la fin des vanités –

ni cet autre où moisit

la voix

.

ne sont que silence et peurs

de la colère quand ça croche

en-dedans

.

.

moi

j’essaie seulement de

dire – j’aime

sans pourtant savoir

qui dort à l’étroit sous

ma peau

Robert Vincent

Ecrire ce qui revient

.

.

par la masse

de mots projetés en l’air

ou de l’œil sans cesse

qui retourne en arrière

comme toi

je nourris la béance du regret

en retenue

ou chapé de silence

sans le vouloir

du même bois

et de la même tendresse

vois

.

je suis dans tes pas

Fernand Michel

Oyonnax

.

caresser

de l’index la peau du pavé

jusqu’à voir la terre

ciller

lentement suivre

le geste une fois ou deux

sans l’à-coup pour

ne pas casser l’immeuble

les jardins ouvriers

ni ces rues ceintrées où lorgne

l’esprit du passé

Paul End

Profils

.

ces visages

qui sourdent de sous le verre

ont-ils valeur de vérité

leurs formes écrasées

ou le silence des voix

l’immobilité de ces rires

formés au miroir

.

ostensiblement

le tirage ramène l’œil

à son point de départ

Can Dağarslanı

Volée d’anges

.

jaunes et

rouges et bleus avec des cris

et des pistolets et

qui vont infatigables de coins sombres

en buissons creux – je me souviens des ailes que

je portais à leur âge ; elles étaient douces et blanches

et j’ai longtemps fui l’envie de les remiser –

pour ne pas mourir dans

une chambre

Minnie Evans

Ombre aveugle

.

un visage apparait

à la fenêtre – il m’intimide

je sors

à peine du sommeil

l’hiver attend dehors

avec la foule de ceux qui passent

sous les miroirs – faut-il aimer pour cela ?

des mots sont

écrits sous le visage – je les lis – mais

d’un regard il a suffi

Guillaume Tomasi

Attaché à l’attachement

.

entre

l’autre avec et l’être seul

la voix trempe à l’intérieur

qui foi de quoi – ô la redondance

de ces mots qui courent à l’infini – grossit

le récit imaginaire d’un jour

mourant

Kevin Lamento

Edgar et son autre

.

à l’enfant qui

le soir rôde Edgar – c’est leur prénom

dit : malgré l’errance

puis le sujet qui racine

aussi les césures

le fait d’

être là sans connaitre le pourquoi

des choses, dis

 est-ce que tu m’acceptes

comme vieux copain

Scottie Wilson

L’arche

.

nous sommes

assis sur le pont avant et

nous attendons

que le bateau bouge

il y a

ces couples âgés et

des familles pour qui

la place semble comptée

les gens seuls

un homme en uniforme

avec deux sirènes

aussi la tète d’un chien qui dépasse

d’un sac à dos

j’imagine soudain quelqu’un

crier : que faites-vous là

et nos regards

doucement de glisser

vers la lagune

André Lichtenberg

De toi à moi

.

entre nous

une ligne tendre

: ici je suis

de l’autre côté tu vas

puis tu reviens

je vis ici

tu dis  

il ne se passe rien

je m’en fous

tu vis bien

Elene Shengelia