Inversion

 

quand

pour rire

tu t’inverses

la tête alors rondit

le regard s’étire et

tes cheveux tombent

au sol

 

le monde revêt enfin

sa lumière

Georg Baselitz

Au pied des montagnes

 

près

d’un massif

en fleurs

mille paires d’yeux

sous l’eau qui voient

le ciel travailler

 

puis

ne sais où

le chant des arbres

au cœur fier

et les premières bêtes

qui viennent licher

la rosée

image-e1448366370628Neil Aldridge

 

la Reyssouze

 

le nom de celui

qui met sa fierté à

marcher

sur l’eau fraiche

à demi-nu

les cheveux baignés de soleil

ses pieds brillent

comme des tessons de lune

et il se rit des voix

qui l’appellent

Samir Tladi

Landscape

 

ce tirage t’appartenait

il me semble

 

: des pierres de repère

levées sur un sol aride

avec un muret bas qui fuit

à l’horizon

 

l’hiver

rien de plus

à la force du vent

jusqu’à sentir

l’esprit se vider

entièrement

 Fay Godwin

 

« Je est un autre »

 

longue étoffe

de soie tirée par les eaux

et sur laquelle dort

un corps ocré

l’œil ne s’ouvre ni se ferme

les traits du visage sont effacés

il n’y a plus d’âge

ni ombre accrochée aux pieds

mais à mesure

que s’éloigne le rivage

l’illusion s’empare de la vérité

 Maurizio Anzeri

Imprégnée du rien

 

les yeux murés

de lumière

en arrière de vous

je creuse un début / je veux dire

un seuil

au-delà duquel les traces

s’effacent

 

du doigt caresser

le silence

effacer ce que le verbe incarne

 

s’entendre

Aino Kannisto

(vers le grand escalier)

 

sur les pavés

qui rentrent à la corde

chassés par le froid

ici même

sans le vouloir

la soudaine harmonie

de nos pas

aussi

l’étreinte de ta main quand

au courant d’air apparaissent

ces ombres assises

sur l’a-coté

 

– se souvenir

de Jacques Message

dis-tu d’une voix grave

tv5

Sur la terre comme au ciel

 

flagrance

de ces corps nus et

coupés

que tu vois

sans regarder par-dessus

les têtes

 

dressés les uns

pour les autres

avec ce même sourire

ce sourire en creux qui limite

la lumière

 

reflet de ce que tu n’es pas

la peur de tout perdre

Gary Sheridan

Venise n’existe pas

 

enjamber

le gouffre qui traverse

la pierre

s’envoler du soir

au matin pour dépendre

le crin d’automne

pleurer

parmi les tessons de verre

ceux d’entre nous qui gisent

 

au sol

Boris Mikhailov

Le non-retour

 

accrochées au tissu

des murs

les ombres que tu croyais mortes

l’autre fois

 

leurs noms solubles dans l’éther

Tu dis :

 

la froideur de l’eau et tu as raison

les jours de lune et tu as raison

partir ou non et tu as raison

l’excès de mots et tu as raison

l’œil du commandeur et tu as raison

 

tu as raison

Marie Dashkova