Chemin des moulins

 

dans ce long couloir

qui nous habite

l’œil ne perçoit 

que l’absence

des corps sans grâce y flottent

en silence

les murs sont couverts d’ombres

fleurées

 

sans doute

sommes-nous morts

sans même le savoir

au cœur de l’été

 

Matthew Beck

Toussaint

 

la petite vieille

l’œil bas

qui astique la dalle jouxte

sait-elle où vont les morts

quand ils nous dés-appartiennent

le jour de tes funérailles

nous étions pourtant tous là

le regard comblé de roses

si peu oublieux

à prier sous un ciel

de taille

   Bertrand Lamouroux

 

 

La fin des fins

 

invisibles

l’un de l’autre

sourdes carcasses sillant

le rivage

nous avons perdu l’épreuve du temps

maintenant le regard bat

dans l’ombre des objets et le silence

pour ce qu’il n’est plus

Soo Burnel

 

Presque un millier

 

le chant des oiseaux

que le soir agite

 

à peine un souffle

pas même une ombre

au-dessous de soi

l’heure passe

 

davantage peut-être

il ne fait pas froid et

autour de nous

des corps graciles

que la voix du poème

disperse

 

Jeremy Smith

Nocturne

 

 

ni ombre

ni trace de pas

tu es seule et

 

tu n’es pas là

 

sur le sol

un éclat de lune

ce qui nous lie si tu regardes

le même ciel que moi

 

après

c’est le silence et

il y a ce qui demeure

en-deçà

Si j’étais un arbre

 

et puis revient le jour

d’avant

 

différent

un peu usé peut-être

 

j’ouvre la porte

sans même savoir ce que je veux

je casse le vide de quelques mots

futiles

– il est lundi ou

mardi

 

je fais en sorte de croire

en ce qui n’existe plus

 Cornell Capa

Confinement

 

dans le jour exigüe

qui nous somme d’ouvrir

 

à l’endroit où rien ne rentre

et rien ne sort

 

des images sont suspendues

aux murs fabuleux

peu importe que les rêves soient ou non

en couleur

la pierre pousse les corps en avant

et nous calculons nos phrases

comme si le bon citoyen était

un héros

tv5

image Philip Holt

Faux père

 

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus ce que désignent

nos mots et tes yeux

brillent d’un feu encore plus ardent

 

un peu plus

chaque pas t’éloigne

mais il n’en reste pas moins que tu tires

ta peau jusqu’au sang

Paul Klee

Ascendance

 

ton œil se lasse

des vues de la maison

qui nous habite

 

il change d’âge

et de saison

veut retrouver l’enfant

quand elle aperçoit la mer baller

sous la ligne d’horizon

 

cet impossible voyage

vers l’avant

 Loretta Lux

La faille

un feu sinue

la nuit entre ces murs

suscitant des visages

que l’on pensait

oubliés

le tien fait partie

de ceux-là. Il est teint d’ivoire

ne sourit jamais

fidèle à ce qu’il n’est pas et

n’aurait jamais dû être

 Alberto Lara