Ascendance

 

ton œil se lasse

des vues de la maison

qui nous habite

 

il change d’âge

et de saison

veut retrouver l’enfant

quand elle aperçoit la mer baller

sous la ligne d’horizon

 

cet impossible voyage

vers l’avant

 Loretta Lux

La faille

 

un feu sinue

la nuit entre les murs

 

suscitant des visages

que l’on pensait

oubliés

 

le tien fait partie

de ceux-là. Il est teint d’ivoire

et ne sourit jamais

 

mémoire de ce qui n’est pas

ou n’a jamais pu être

 Alberto Lara

 

Dédicace

 

le ciel

les ombres et les corps

assoupis

à tout ce qui entame

l’œil

la voix sombre

les odeurs de pluie

 

la campagne des imbéciles

aussi

 

les arbres en hiver

la nuit

quand les mots se montrent

indociles

 Collin Avery

 

La matinale

 

ces voix

qui entravent la douceur

du matin

 

inlassablement

elles disent le livre de la fin

On y voit le jour rendre

du sang

la terre est trop petite

et l’espoir fond comme neige

au printemps

 

en même temps

je me creuse pour trouver

un prénom

Marijane Ceruti

Vers les abysses

 

avant

l’endroit grouillait

de ces femmes-poissons

que les marins disent sirènes

 

il y avait des épaves pleines

de mauvais or

 

on y entendait

des chants peints de joie

et d’ivresse

 

la lumière semblait proche

tv5

 Trent Park

Le grand vélo

 

les allées

bordées d’arbres nus

et la brume qui colle

au visage

parfois une ombre

furtive

riche errance

on ne dit rien

tes yeux derrière les miens

la Seine au loin

qui vascille

Cy Twombly

La dame blanche

 

herbe dure

épines et silex

le jardin redevient

un désert

 

aurait-il fait beau

le jour d’avant

serions-nous ici

venus plus souvent

qui sait

 

de

leurs yeux gris

et fatigués, l’ombre de celle

qui nous observe

et le silence autour

qui protège

  Graciela Iturbe

La vie est ailleurs

 

dans le salon

chaud du songe où tu vis

les hôtes attendent

silencieux

assis dans de gros fauteuils

rouges

une tasse à la main

l’éternité leur est promise

parfois

l’un d’eux se dresse

à la fenêtre pour voir la mer

s’éloigner

 

ou reprendre

le récit d’une vie

passée

  Maria Svarbova

Double Je

 

tu es l’ange

assis dans l’embrasure

qui peint la vierge

de deux couleurs primaires

et dans le même temps

tu bats le pavé

avec ceux qui crient

au blasphème

 

Ying Wang

Mont-Royal

 

plus tard

tu as songé

à un corps qui résisterait à

l’appel du vide

à des mains posées sur

un tapis de cimes

un ciel mêlant l’or

à la poussière

puis dix fois

vingt fois tu as repris

la scène

jusqu’à défaire l’instant

de la douleur

Juliette Atbibol