Insomnie

 

ce corps

au plafond qui s’allonge

sur un ciseau de brasse

on dirait le tien. Indifférent

aux voix qui poussent

sur le rivage, lui

sans cesse de creuser

sa ligne d’écume

sur les fonds noirs

d’un océan

Carole A. Fuerman

fatum

 

allongés

sur le couvre-lit

l’un vers l’autre

à ne rien dire

s’échapper

mutité en partage

le voyage n’est plus

se devoir aux siens

alors que l’ombre

tangible

vous tient la main

Francesca Woodman

A dessein

 

ombre claire

tu marches

à fleur d’eau

les yeux cerclés

de lumière et le corps

dans toute sa nudité.

Sol alors qui se dérobe

sous nos pieds et

de part en part

le bruit des vagues

qui battent les murs

de l’appartement

kathleen Meier

 

 

Inversion

 

quand

pour rire

tu t’inverses

la tête alors rondit

le regard s’étire

tes cheveux tombent

au sol

et le monde revêt enfin

sa lumière

Georg Baselitz

Au pied des montagnes

 

il y a

près d’un massif

en fleurs

mille paires d’yeux

sous l’eau qui regardent

le ciel travailler

 

puis

ne sais où

le chant des arbres

au cœur fier et

les premières bêtes

qui viennent licher

la rosée

image-e1448366370628Neil Aldridge

 

la Reyssouze

 

le nom de celui

qui met sa fierté à

marcher

sur l’eau fraiche

à demi-nu

les cheveux baignés de soleil

ses pieds brillent

comme des tessons de lune

et il se rit des voix

qui l’appellent

 

Jacques Bonenfant

Samir Tladi

Landscape

 

des pierres de repère levées

sur un sol aride

avec un muret bas qui fuit

à l’horizon

 

c’est l’hiver

rien de plus

à la force du vent

jusqu’à sentir l’esprit se vider

entièrement

 Fay Godwin

 

« Je est un autre »

 

longue étoffe

de soie tirée par les eaux

et sur laquelle dort

un corps ocré

l’œil ne s’ouvre ni se ferme

les traits du visage sont effacés

il n’y a plus d’âge

ni ombre accrochée aux pieds

mais à mesure

que s’éloigne le rivage

l’illusion s’empare de la vérité

 Maurizio Anzeri

Imprégnée du rien

 

les yeux murés

de lumière

en arrière de vous

je creuse un début / je veux dire

un seuil

au-delà duquel les traces

s’effacent

 

du doigt caresser

le silence

effacer ce que le verbe incarne

 

s’attendre

Aino Kannisto

(vers le grand escalier)

 

sur les pavés

qui rentrent à la corde

chassés par le froid

ici même

sans le vouloir

la soudaine harmonie

de nos pas

aussi

l’étreinte de ta main quand

au courant d’air apparaissent

ces ombres assises

sur l’a-coté

 

– se souvenir

de Jacques Message

dis-tu d’une voix grave

tv5