Léonard

naître la seconde fois

au cœur de l’hiver

sans pleurs ni douleurs inutiles

juste goûter la main pudique

du petit jour, se défaire de soi

et au creux de l’oreille

entendre sa voix sombre

chanter : Hineni,

Hineni.

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Louis Soutter

Au soir

 

Ronde et bleue

cette larme allongée

sur ton cil. Puis une autre

encore plus épaisse

que tu essuies

d’un revers de main.

Par-dessus ton épaule

la pointe d’un pinceau tendre

mais de partout

le chiendent de l’hiver

et la voix de l’enfant qui sort

de sa chambre.

 

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Image Vanessa Vercel

 

 

Névroses

 

sous la lune

qui perce au vent

un vieux chêne montre ses fesses.

Cinq heures sonnent.

Des enfants jouent sur l’herbe rase

non loin les mères délibèrent

: d’un buisson d’épines

les cris d’un chien

de couleur sable.

 

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Image Michel Berberian

 

 

 

Sur le quai

 

ce doux profil

sous la lueur froide

d’une lanterne

: on dirait le motif

d’un poisson couché

sur une porcelaine.

J’étire le cou

pour découvrir l’oreille

mais sous des mèches

de cheveux rouges

un puits rempli de mots

inconnus.

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Image Michel Berberian

La saison froide

pressées l’une

à l’autre

nos chairs nues

sur un tapis de laine

la pulpe d’un doigt

qui court sur une peau blême

puis un souffle puis

une légère pression

de l’abdomen

Matin d’amour

deux petites cuillères

rangées au fond

d’un tiroir.

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Image Four trees – Egon Schiele (1917)

Aelita

un carré de soie

autour des cheveux

l’épaule basse, elle serre dans une main

ce petit bout de papier

plié quatre fois sur lui-même.

Au milieu de femmes

rendues elles-aussi à la prière,

vers un dieu qui entretient

pareillement son âme

et la mienne.

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Image Takashi Shūji

Vu d’ici,

 

la terre parait endormie. Reste

une sorte de pavement polychrome

balayé par le vent. Avec de longs fils de soie

sur lesquels flânent de petites chiures dorées.

Et ce carré blanc à l’orée du village ?

Sans doute le cimetière.

 

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Image Moebius (alias Jean Giraud)

De nulle part

 

d’où vient l’eau

qui coule sur ce visage ?

et que dit la voix qui résonne

au creux de mon oreille ?

Pour l’heure

mon corps pèse

aussi lourd que la pierre

et je cherche une accroche

au hasard de souvenirs.

Une lueur

parmi les ombres mortes.

 

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Image Takashi Shuji

Mourir d’aimer

Les lueurs du matin par les battants ouverts. Comme un rai qui affranchit les ombres de nos lois. Je me tourne vers toi. Assise au coin du lit, le regard en dedans, à gratter de la peau morte sur une jambe. On marche dans le couloir, une voix ourdit derrière la cloison : le sentiment étrange que désormais, plus rien ne peut arriver.

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Image Hourse by railroad – Edward Hopper