Agony

.

vois l’ombre que

la lune continue

de blanchir

.

qui marche

sur l’été pour trouver

un lieu commun

.

sans cesse la voix

de l’être qui manque

la maison perdue

.

et l’avant

qu’il faudrait fondre pour

épuiser la force

Toshio Okamato

Vient la nuit

.

assis

sur un banc

le corps enroulé dans la lueur jaune

mollement

jusqu’au chant du dernier oiseau

ailleurs

rien ni personne attend

juste le frisson des feuilles

et la ville qui s’éloigne

dans un silence

à moitié

Margherita Chiarva

Signe de quoi

.

ce geste épeuré

au bout de sa tige

à s’y méprendre

comme une ronce

qu’un doigt écarte

sur le côté

le froid passe sous

la peau

l’œil se tasse

de l’envers nait

un endroit

la tête sous une épaule

.

il n’y a plus de mot

Robert Van der Hils

(de) La moitié du geste

.

déterre-moi

dit à l’œil

le reflet

.

mais l’œil

ne voit en face 

ni le baiser désert

.

ni la mort de l’obscur

gelé

dans le volume faux

.

qui se tutoie

en l’air

sa langue y perd

.

car le tu

est sous la peau

la profondeur

.

Antoine Emaz

Philipp Schopke

Poème quantique

.

par fulgurance

des ombres à travers

la chaussée

.

il est six heures

.

la voix d’une femme

dans le dos

.

aussi

des visages attentifs

quand d’autres sondent

la dureté

.

tu dis

.

la scène

par un nombre de fois incalculables

est rejouée

.

comme un surcroit

de tableaux que de petits détails

viennent à chaque fois

dissembler

Christina Coral

Fading

la mémoire

de l’œil s’éteint doucement

.

est une ombre

la nuit

qui erre dans un demi-sommeil

.

si loin du chemin

.

avec des mots épandus

dans une langue étrangère

et par une autre voix

Emily Graham

Appendice

.

corps et voix

s’entassent à l’autre bout 

de soi

 

sans l’appel du désir

l’œil ne peut ni les convoiter

ni les retenir

 

la  porte s’ouvre

et sous la couleur orange

ils vont

comme des ballons

ivres rejoindre

le néant

Kile Thomson

Mars

 

sans cesse

sous la ligne de pente

jeter les pieds

au devant de soi

 

jambes titubantes

de l’enfant au réveil

le souffle court et

du sable plein la tête

 

rendre l’endroit

qui révèle au regard

la mer

Telle

.

à n’en plus finir

la façon du visage

dans le miroir des eaux

.

un œil en proie

à lui-même

aussi méfiant que la bouche

.

et l’écho de la voix

quand elle accouche d’une autre

que soi

Archeno

Rivière

.

nos corps blancs

que le courant emporte

au loin

.

l’eau n’est plus de l’eau

la lumière durcit et

l’œil est maintenant

.

si las que les racines

garnissent le ciel

vie absconse

.

au couchant

le passage se referme

sur lui-même

.

et les seuls visages

qui s’ouvrent sont ceux

qui n’ont pas de nom

 Abigael Varney