Eric Chevillard

.

« Donc il est entendu que nous ne lirons plus de poésie. Certains en écrivent encore de pleines pages, mais quant à les lire, non merci ! Celle qui émane de tout autre que soi est illisible, ennuyeuse, incompréhensible. Il en va de la poésie comme des grand-mères : la mienne est une dame douce et charmante mais les vôtres sont des sorcières à moustaches, tout à fait revêches et rebutantes.

Le poète d’aujourd’hui lit encore (un peu) ses pairs ; c’est l’amère condition pour être lu par eux (un peu) à son tour. Mais la désaffection plus vaste des lecteurs épris de littérature semble définitive et sans recours. Rimbaud reste notre héros, nous affirmons encore volontiers que la poésie est l’expression la plus haute la plus du génie humain, la plus belle incarnation du verbe : de là à mettre  le nez dans un de ces recueils abscons, il y a un gouffre. »

Eric Chevillard – Préface de « Etude de l’objet » de Zbigniew Herbert

 

Rien de beau

.

Rien de beau

des planches de la peinture

des clous de la colle

de la ficelle du papier

 

monsieur l’artiste

bâtit le monde

non d’atomes

mais de résidus

 

la foret d’ardenne

avec un parasol

la mer ionienne

avec de l’encre

 

il suffit

d’une mine fière

il suffit d’une main sûre

 

– et déjà le monde –

 

sur les épingles d’herbes

les crochets de fleurs

les nuages de fil de fer

étirés par le vent

 

Zbigniew Herbert

Tadeuz Rolke