rabâcher
le poème qu’en est-il
de l’image
quand elle nage
toute
trempée
se gonfle
noie
épuisé
isolé mot
après mot
introuvable
privé
de couleur
Eva-Maria Berg
ce que je veux
je ne le sais pas
je sais seulement que je rêve
que le rêve me fait vie
et que je plane dans un nuage
je sais seulement que j’aime
humains montagnes jardins la mer
je sais seulement
que beaucoup de morts habitent en moi
je bois mes instants
je sais
seulement
que c’est le jeu du temps
haut et bas
derrière tous les mots le silence
qui bat
Rose Ausländer
Rien, rien du tout
est né,
meurt, le coquillage dit encore
et encore
depuis la profondeur des creux de rocher.
Son corps
balayé par la saison – donc quoi ?
Il dort
dans le sable, séchant à la lumière du soleil,
se baignant
à la clarté lunaire. Rien à faire
avec la mer
ou quelque chose d’autre. Dessus
et dessus
Shinkichi Takahashi
» Je donnerai un détail amusant de cette conversation que le hasard me fit avoir avoir la mère d’Apollinaire. Elle était venue au Mercure demander si on voulait bien lui donner les livres de son fils, livres dont elle n’avait jamais lu une ligne et dont elle venait seulement de découvrir l’existence. Elle ne savait rien de la réputation qu’il s’était acquise et il avait fallu sa mort pour qu’elle en devint curieuse. Je la renseignais comme il convenait et quand je lui eus donné à comprendre à sa grande surprise, ce qu’était Apollinaire, elle eut ce mot presque orgueilleux dans sa naïveté : » Mon autre fils aussi est écrivain. Il écrit des articles financiers dans un journal de New York. »
Paul Léautaud
alors j’ai pensé au mot destruction
et à tout ce qu’il faudrait rassembler
(été, jazz, corps à corps et tango,
immensité, jardin, rivage et quelques
insectes)
pour éviter de voir
son propre corps à très grande vitesse
recomposer croisant les certitudes
la nuit puis chaque nuit encore la nuit
Nicolas Brossard
Partir pour
l’endroit
du silence,
pour le soleil
qui aujourd’hui
délaisse le bruit,
la vieille vantardise.
Trouver,
finir maintenant par trouver
où ils sont partis en courant,
ceux qui étaient ici
calmes et intrépides,
dans quels chorus, quels mirages
il est vain de les chercher.
Ilse Aichinger
J’ai appris au fil des années que les bouts du monde étaient innombrables. J’ai longtemps cru que Provins était le seul possible, l’unique port au seuil d’une mer qui n’existait pas. J’ai longtemps cru que j’étais né au terme d’un voyage que je n’avais pas fait et que je ne pouvais accomplir qu’à rebours.
j’entrouvre le rideau
dans le ventre céleste
où nos sangs d’humains se mêlent
je marche vers la cuisine
toujours ce même rêve
d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent
et je pense à la mer
étendue et ouverte
sauvage et pleine d’ombre
(texte et image)