(de) Seule enfance


des choses si simples

une chambre, un lit

quelqu’un qui dort

ou qui ne dort pas

une respiration de mots

jamais dits

entre les murs

qui abritent ailleurs

maintenant


Heather Dohollau

Gregory Crewdson


Cendres (9/9)



une larme

grandit

sur ma joue

tu vois

je n’ai jamais su

bien dire

je regarde

de loin

les choses s’effondrer

espace invisible

vie à demi

bientôt retirée

j’habite

un rêve étrange

où tout peut

toujours

recommencer

Robert Adams

Cendres / 10


qu’allions-nous

faire là-bas / et à quoi songeais-tu

assis sur ce siège arrière /

 à la nuit

au temps qui reste / à l’océan

à l’inachevé / aux monstres de laideur

à nos petites lâchetés




mort

l’es-tu vraiment

et quand bien même

pour combien de temps

?

Hugo Pratt

Tension


J’appelle quelqu’un qui appelle

le pont est long et vide

Je cours vers la réconciliation

l’asphalte est violent les réverbères

qui s’écartent

et les rails enflés

qui traversent le cœur

J’appelle quelqu’un qui appelle

quelqu’un qui appelle…


Inger Christensen

Shin Noguchi

Cendre (8/9)


dans la partie

blanche

de ce que je célèbre –


l’un sous terre

et l’autre tombant*


quelque chose

revient au réel

et je me laisse

enfin dire

non ce qui fut

ni ce qui aurait du

être

mais ce qui longtemps

manqua

Rehaf Al Batniji

  • Bernard Noël

(de) Renverse du souffle



(JE TE CONNAIS, tu es très courbée

Et moi, le transpercé, te suis assujetti.

Où flambe un mot qui témoignerait pour nous deux ?

Toi – tout à fait réelle. Moi – tout entier folie)


Paul Celan

Bertrand Delais

(de) Entrer rebelle en ère de deuil


Elaborant ma finitude

sans me laisser devenir

monstre

je m’aime aménité


Ne disant rien

préoccupée par un mirage

sans mot pour le décrire

je me forge un visage

entrant en dieu-de-moi

en maître-dieu-de-moi


Je veux

Je sais

Je veux.


Françoise Coulmin

Julia Tatarchenko

Cendres (7/9)



la mer commence

son travail

d’effacement

elle polit

les angles du jour

et dans le mouton des vagues

esquisse un être –

ni image

ni oubli

que j’ai tant de mal

à reconnaître

après

je me laisse dire

non ce qui fut

mais ce qui nous manqua

toutes ces années-là

Claire Dias Lachèse

Cendres (6/9)



nulle parole

contre le sommeil

seulement

le rythme des phares

et par instants

des ombres solitaires

voyage au bout

du rêve

je te conduis

dans cette nuit

ouverte

sans même savoir

si la vie dort

ou si elle rêve

Jean Pierre Cobra

Cendres (5/9)



sans cesse

l’œil remonte

le songe


dans le sens inverse

de la fuite

du courant *


il y retrouve

selon

les joies perdues

ou la lumière

de ceux qui attendent

en silence

Suzuki Mayumi

* Danièle Faugeras