(de) Renverse du souffle



(JE TE CONNAIS, tu es très courbée

Et moi, le transpercé, te suis assujetti.

Où flambe un mot qui témoignerait pour nous deux ?

Toi – tout à fait réelle. Moi – tout entier folie)


Paul Celan

Bertrand Delais

Cendres (6/9)



nulle parole

contre le sommeil

seulement

le rythme des phares

et par instants

des ombres solitaires

voyage au bout

du rêve

je te conduis

dans cette nuit

ouverte

sans même savoir

si la vie dort

ou si elle rêve

Jean Pierre Cobra

Cendres (4/9)


sur le chemin

de la noyeraie

j’implore

quelque chose

pour te retenir

ta voix s’efface déjà

bientôt

ce sera le visage

il y aura

un dernier regard

et juste après

la nuit tombera

Caroline Dufour

Cendres (3/9)


à l’instant

où ton regard se voile

nos voix recouvrent

les formes du silence

je scrute

le blanc de la chambre

autour de toi

sur le lit assis

deux anges sourient

l’un deux me tend

ce vers –


Chemins, à demi – les plus longs*

Nek Chand


* Paul Célan

Cendres (2/9)


dans la béance –

lieu saturé

de cris

et de couleurs

vivent

au bord de l’effacement

les monstres de laideur

qu’enfants

nous dessinions

ils attendent

muets

l’heure qui renonce

sucent – dis-tu

la blancheur du temps

passé

Jean-Pierre Cobra

(de) L’enfant de la falaise


y a-t-il encore, toujours, une enfance au-devant de nous ?

l’enfant peut-il guérir de la douleur d’aimer ?

il dessine une plaine qui s’évase et ravit au loin l’image d’une montagne

les pieds dans l’herbe bleue et l’eau froide fuyante

l’enfant rêve une errance

parfois les mots s’effondrent et le monde vacille

et la cité de verre, de fer, de béton, de fumées traverse et troue le corps de l’enfant déchiré


François Coudray

Claire Dias Lachèse

Le voyageur oublié


C’est la vie qui vous fait mourir,

Ecriviez-vous dans ce poème où tout
Demeure à vif : le crépitement des trolleys,
La nuque de l’amante à son miroir

Et jusqu’à la jeune morte sur son lit,
Tellement sage qu’on ne sait plus
Si c’est le temps qui passe ou nous
Qui passons à travers lui, les mains vides,

Comme un train somnambule à travers
La campagne endormie – et le voyageur
Oublié dans le creux de ses bras

Est un lac au soleil de midi, un lac
Que rien ne trouble, pas même le reflet
Du corps penché qui tremble dans la vitre.


Guy Goffette

Thérèse O’keffe

(de) Aux Aresquiers


je ne suis pas là non plus c’est vrai

alors je peux l’écrire


tu ne reviendras pas


je t’écris pour te dire à quel point enfin je sais

tu ne reviendras pas


Eric Sautou

Katrina Servoni