La matinale

 

ces voix

qui entravent la douceur

du matin 

inlassablement

avec le livre de la fin

On y voit le jour rendre

du sang

la terre est trop petite

et l’espoir fond comme neige 

au printemps

 

en même temps

je me creuse pour trouver

un prénom

Marijane Ceruti

de (LES CRIS VAINS)

 

Personne à qui pouvoir dire

que nous n’avons rien à dire

et que le rien que nous nous disons

continuellement

nous nous le disons

comme si nous ne nous disions rien

comme si personne ne nous disait

même pas nous

que nous n’avons rien à dire

personne

à qui pouvoir le dire

même pas à nous

 

Gherasim Luca

 

Clarté intérieure

 

La mer,

seule

au bout du ciel

 

écroulée en nous

comme  une pluie

limpide de l’été,

 

sous le clair de lune,

elle hume l’encens

et la myrrhe en nous.

 

Sonia Elvireanu

Vers les abysses

 

sombrer

les yeux mi-clos

dans les eaux troubles

du fleuve

se tortiller parmi les corps trépides

avant d’effleurer du pied

un coin de lit tiède

et visqueux

 

avant

l’endroit grouillait

de ces femmes-poissons que les marins disent

sirènes

il y avait des épaves pleines

de mauvais or

et on y entendait des chants peints

de joie et d’ivresse

 Trent Park

(de) Les chiens romantiques

 

Et parfois je rentrais en moi

et je rendais visite au rêve

: statue qui s’éternise

en des pensées liquides,

un ver blanc qui se tord

dans l’amour.

Un amour débridé.

Un rêve dans un autre rêve.

Et le cauchemar me disait : tu grandiras.

Tu laisseras derrière toi les images de la douleur et du labyrinthe

et tu oublieras.

Mais en ce temps-là grandir aurait été un crime.

Je suis ici, dis-je, avec les chiens romantiques

et c’est ici que je vais rester.

 

Roberto Bolano

Sohrab Hura

 

 

Voyage

 

Nous finîmes par sortir

de la brume de la nuit.

A présent, personne ne reconnaissait personne.

Le sens, nous l’avions perdu en chemin.

Personne ne demanda non plus avec insistance :

Qui es-tu ?

 

Répondre, nous ne le pouvions pas.

Nous avions perdu

nos noms.

 

Loin de là, le tonnerre

venu d’un cœur qui ne cède pas

déjà à l’œuvre.

Nous écoutions sans comprendre.

Nous étions arrivés au plus lointain des lointains.

 

Tarjei Vesaas

Marco Arguello

(de) Si nous allions vers les plages

Ce soir

La nuit est bleue

 

Avec un parfum de girofle

Sous la pierre lente et chaude

 

Tu vas et viens

De ton cœur

Au jardin

 

Et le pouls des planètes

Pourrait cesser de battre

 

Sans que la peur

Ne soit nommée

Dans la douceur des choses.

 

Hélène Cadou

 Miguel Hernandez

 

Sainte Catherine

 

Pise lointaine, sirocco

bohémien de la plaine

et l’onde au pont

et les feuilles et les troncs

vifs

Tous ces jardins que nous ne connaissions pas

et qui nous reconnaissent, ces arbres obscurs

et si grands qui se rapprochent, se laissent

toucher, comme si il était possible

de toucher la terre, le temps, la vie

 

Roberto Veracini

Hugo Pratt

 

Le corridor

 

j’entrouvre le rideau

dans le ventre céleste
où nos sangs d’humains se mêlent

je marche vers la cuisine

toujours ce même rêve
d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent

et je pense à la mer

étendue et ouverte
sauvage et pleine d’ombre

 

Caroline Dufour

(texte et image)

Sans titre

 

Si pure

la lumière

éclabousse le monde

M’y fondre

serait vivre

enfin

dans la beauté du rien.

 

Colette GIBELIN

Alejandra Laviada