Faux père

 

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus ce que désignent

nos mots et tes yeux

brillent d’un feu encore plus ardent

un peu plus chaque pas t’éloigne

mais il n’en reste pas moins que tu tires

ta peau jusqu’au sang

Paul Klee

Ascendance

 

ton œil se lasse

des vues de la maison

qui nous habite

 

il change d’âge

et de saison

veut retrouver l’enfant

quand elle aperçoit la mer baller

sous la ligne d’horizon

 

cet impossible voyage

vers l’avant

 Loretta Lux

(de) Toute minute est première

 

Mais gluante de gouttes

quand la vitre

s’illumine au soleil

 

de vieux visages s’y accolent

dispersés jadis par la mort

 

aigus dans la lumière

ils nous adjurent en paroles

maintenant mises au présent des oiseaux

de les regarder

du plus près que nous pouvons

de poser nos doigts sur la fenêtre

à la place exacte de leurs bouches

pour qu’ils soient moins partis, moins défaits, sentent

cette chaleur de peau étrangère

qu’ils ne peuvent plus

caresser, embrasser.

Alors je nous sens provisoires.

 

Marie-Claire Bancquart

 

(de) Le dimanche

 

Et maintenant que je chôme,

Que l’usine est froide et rouille,

Chaque jour est un dimanche,

Je hais chaque jour,

Je veux dormir,

J’aime seulement le sommeil.

Ô l’éveil dans le dégoûtant jour.

Je pense et je crève

Et je pense que je crève.

Aujourd’hui c’est dimanche

Éternel dimanche

Au fond de la ville.

 

Pierre Morhange

Francis Bacon

 

Psaume

 

Tout est vanité.

une ville se vautre dedans,

relève-toi de la poussière de cette ville,

surmonte la charge,

et fais semblant

d’aller vers un bénévolat.

tiens tes promesses

devant un miroir aveugle dans l’air,

devant une porte fermée dans le vent,

les chemins abrupts du ciel ne sont pas foulés.

 

Ingeborg Bachmann

Kelly Hussey Smith

La faille

 

un feu sinue

la nuit entre les murs

 

suscitant des visages

que l’on pensait

oubliés

 

le tien fait partie

de ceux-là. Il est teint d’ivoire

et ne sourit jamais

 

mémoire de ce qui n’est pas

ou n’a jamais pu être

 Alberto Lara

 

Dédicace

 

le ciel

les ombres et les corps

assoupis

à tout ce qui entame

l’œil

la voix sombre

les odeurs de pluie

 

la campagne des imbéciles

aussi

 

les arbres en hiver

la nuit

quand les mots se montrent

indociles

 Collin Avery

 

La matinale

 

ces voix

qui entravent la douceur

du matin

 

inlassablement

elles disent le livre de la fin

On y voit le jour rendre

du sang

la terre est trop petite

et l’espoir fond comme neige

au printemps

 

en même temps

je me creuse pour trouver

un prénom

Marijane Ceruti

de (LES CRIS VAINS)

 

Personne à qui pouvoir dire

que nous n’avons rien à dire

et que le rien que nous nous disons

continuellement

nous nous le disons

comme si nous ne nous disions rien

comme si personne ne nous disait

même pas nous

que nous n’avons rien à dire

personne

à qui pouvoir le dire

même pas à nous

 

Gherasim Luca

 

Clarté intérieure

 

La mer,

seule

au bout du ciel

 

écroulée en nous

comme  une pluie

limpide de l’été,

 

sous le clair de lune,

elle hume l’encens

et la myrrhe en nous.

 

Sonia Elvireanu