Habitance

 

ce que tu dis

et ce qui est tu

 

ce premier tu qui avance

à son pas

le visage clair et sans l’entrave

ou

l’autre

de ces mots

en petit nombre à chaque fois

ravis aux confins

du silence

 

et ce pendant – sais tu

à force de rien effile le mystère

ineffable

  Yean j Yue

Chemin des moulins

 

dans le long couloir

qui nous habite

l’œil colle à l’absence

 

des corps

sans grâce y flottent

en silence

les murs se couvrent d’ombres

fleurées

sans soute sommes-nous morts

sans même le savoir

 

au cœur de l’été  

Matthew Beck

Nocturne

 

 

ni ombre

ni trace de pas

tu es seule et

 

tu n’es pas là

 

sur le sol

un éclat de lune

ce qui nous lie si tu regardes

le même ciel que moi

 

après

c’est le silence et

il y a ce qui demeure

en-deçà

(de) La retenue

 

au temps

au regard

à la lumière

 

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

 

à la lumière

 

soustraire au sens du fleuve,

au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler

s’enfouir sous le vert gazon

qui borde ses rêves.

 

soustraire au cours ma propre voix

le monde à mes yeux

 

ce matin

au temps

au regard

à la lumière.

 

Lucie Taieb

Margherita Premuroso

(de) Au bord de l’infini

 

Des pinces à linge

En situation périlleuse

Retenant une robe si parfaite

Dans son contentement suspendu

Des draps blancs maculés

Des seaux d’eau sale

Une femme balaie le vent

Un jour idéal

Pour laver

La mémoire

 

Carolyn Carlson

Natsumi Hayashi

 

 

Confinement

 

dans le jour exigüe

qui nous somme d’ouvrir

à l’endroit où rien ne rentre

 

et rien ne sort

des images sont suspendues

aux murs fabuleux

peu importe que le rêve soit

en couleur

la pierre pousse les corps en avant

et nous calculons nos phrases

pour que tout citoyen soit

un héros

tv5

image Philip Holt

Faux père

 

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus ce que désignent

nos mots et tes yeux

brillent d’un feu encore plus ardent

 

un peu plus

chaque pas t’éloigne

mais il n’en reste pas moins que tu tires

ta peau jusqu’au sang

Paul Klee

Ascendance

 

ton œil se lasse

des vues de la maison

qui nous habite

 

il change d’âge

et de saison

veut retrouver l’enfant

quand elle aperçoit la mer baller

sous la ligne d’horizon

 

cet impossible voyage

vers l’avant

 Loretta Lux

(de) Toute minute est première

 

Mais gluante de gouttes

quand la vitre

s’illumine au soleil

 

de vieux visages s’y accolent

dispersés jadis par la mort

 

aigus dans la lumière

ils nous adjurent en paroles

maintenant mises au présent des oiseaux

de les regarder

du plus près que nous pouvons

de poser nos doigts sur la fenêtre

à la place exacte de leurs bouches

pour qu’ils soient moins partis, moins défaits, sentent

cette chaleur de peau étrangère

qu’ils ne peuvent plus

caresser, embrasser.

Alors je nous sens provisoires.

 

Marie-Claire Bancquart

 

(de) Le dimanche

 

Et maintenant que je chôme,

Que l’usine est froide et rouille,

Chaque jour est un dimanche,

Je hais chaque jour,

Je veux dormir,

J’aime seulement le sommeil.

Ô l’éveil dans le dégoûtant jour.

Je pense et je crève

Et je pense que je crève.

Aujourd’hui c’est dimanche

Éternel dimanche

Au fond de la ville.

 

Pierre Morhange

Francis Bacon