Circonstances – 7


la nuit rentre

ses griffes

tu sanglotes à peine

je me tais

la cendre reste tiède

il y aura demain

des sourires blancs

et ce mensonge –

aller comme si

de rien n’était

Alberto Burri

(de) Première suite


une idée un reflet

ne plus sentir le sol


dire détours déboires coups de dés

ignorance

encore les nerfs

un coin de peau


et le geste unique

savoir pourquoi les gens vivent

trop de bouches


d’odeur spirituelle

écriture aigre


tant de virtualité

renvoie à la mort

on coupe

par réalisme


Bernard Noël

Anthony Morel

(de) Tournoiements


seule avec toi

dans le silence vert

je respirerai au plus léger

l’invisible

Du fond des eaux frémira la lumière

Je te retrouverai


Roselyne Sibille

Trente Park

Circonstances – 5



le silence

à présent suinte

épais poisseux sans fond

tu es là

immobile

effigie noire couverte de cendre

je scrute dans l’ombre

une fêlure mince –

ce presque rien

par où le mot pourrait

renaitre

Toshimitsu Imai

Circonstances – 4



dans l’ombre

où tu te tords

le monde vacille soudain

je tends la main –trop tard

un cri sauvage t’ouvre

en deux le feu s’élance

il te dévore

les bras le cou le visage

la langue

tu craches des mots noirs

incandescents

et moi silencieux

incapable

je me retiens à

ton nom

Wols

(de) Si belle rétive


Ombre glissant dans l’ombre

chassée par l’ombre la chassant

à travers troncs branches et feuilles

tu te glisses


La plante de tes pas


Tu agites les eaux

les déploies en rouleaux frangés

qui feuillettent les terres

les étagent

déplient


de page en page


Raphaël Monticelli

Mikiya Takimoto

Circonstances – 3


même le sol

semble fléchir sous le poids

de ce qui ne peut

apparaître

chaque souffle

chaque geste -éclat dispersé

dans l’ombre épaisse

est une tentative à

 nouveau d’être

mais toi – au bord du cri

tu n’as ni mot ni phrase

pour lever les brulures

de l’au-delà

Jean Dubuffet

Circonstances – 2


chaque soir

un peu plus

le pont s’étire

sous tes pas

après une entaille rouge

ouvre le ciel tu entends –

ou peut-être pas

des voix qui appellent

ton corps s’agite

avant de rejoindre ceux

sans visage

que le feu entreprend

Asger Jorn

(de) Courbures


du bout du regard

Le flux m’entraîne

Vers un autre

Sans le rejoindre

Et c’est moi

Pas besoin de mots

Le fleuve l’esprit le corps

Le fil de l’eau épouse la forme des questions et les dissout

Nous n’avons qu’un visage

Nous sommes le commencement et la fin

Pas besoin de nous connaître nous savons

Intimes que l’autre n’existe pas

Nous ne formons qu’un

En discontinu

Il englobe de soi à soi l’espace et le temps


Pierre Rosin

Martin Kippenberger

Circonstances – 1


le réverbère

froissant l’asphalte

la nuit hésite

à tomber

je sens tes doigts serrer

mon poignet

tu dis –

il faudrait voir

au creux des visages

ce que la lumière échoue

à faire exister

Jean Fautrier