Si j’étais un arbre

 

et puis revient le jour

d’avant

 

différent

un peu usé peut-être

 

j’ouvre la porte

sans même savoir ce que je veux

je casse le vide de quelques mots

futiles – il est lundi ou

mardi

 

je fais en sorte de croire

en ce qui n’existe pas

 Cornell Capa

Confinement

 

dans le jour exigüe

qui nous somme d’ouvrir

à l’endroit où rien ne rentre

 

et rien ne sort

des images sont suspendues

aux murs fabuleux

peu importe que le rêve soit

en couleur

la pierre pousse les corps en avant

et nous calculons nos phrases

pour que tout citoyen soit

un héros

tv5

image Philip Holt

Faux père

 

tu n’es pas

ce que nous sommes

ni même ce que nous voulions être

tu n’es pas non plus ce que désignent

nos mots et tes yeux

brillent d’un feu encore plus ardent

 

un peu plus

chaque pas t’éloigne

mais il n’en reste pas moins que tu tires

ta peau jusqu’au sang

Paul Klee

Ascendance

 

ton œil se lasse

des vues de la maison

qui nous habite

 

il change d’âge

de saison

veut retrouver l’enfant

qui voit la mer baller

sous la ligne d’horizon

 

cet impossible voyage

vers l’avant

 Loretta Lux

La faille

 

un feu sinue

la nuit entre ces murs

 

suscitant

des visages que l’on pensait

effacés

 

le tien fait partie

de ceux-là. Il est teint d’ivoire

et ne sourit jamais

 

fidèle à ce qu’il n’est pas et

n’aurait jamais pu être 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Alberto Lara

Dédicace

.

le ciel

les ombres et les corps

assoupis

 .

tout ce qui entame

l’œil

une voix grave

les odeurs de pluie

 .

la campagne des imbéciles

aussi

les arbres en hiver

l’usure

la nuit quand

les mots s’affranchissent

 Collin Avery

Sous le drap

 

ces voix

qui entravent la douceur

du matin 

 

inlassablement

elles lisent une histoire

sans fin

 

On y voit le jour rendre

du sang

la terre est trop petite

 

l’espoir a fondu

comme la neige

au printemps

 

en même temps

je creuse un trou pour trouver

un prénom

Marijane Ceruti

Vers les abysses

 

avant

l’endroit grouillait

de ces femmes-poissons

que les marins disent sirènes

 

il y avait des épaves pleines

de mauvais or

 

on entendait des chants peints

de joie et d’ivresse

 

la lumière semblait proche

tv5

 Trent Park

Le grand vélo

 

les allées

bordées d’arbres nus

et la brume qui colle

au visage

parfois une ombre

furtive

riche errance

on ne dit rien

tes yeux derrière les miens

la Seine au loin

qui vascille

Cy Twombly

La dame blanche

 

herbe dure

épines et silex

le jardin redevient

un désert

 

aurait-il fait beau

le jour d’avant

serions-nous ici

venus plus souvent

qui sait

 

de

leurs yeux gris

et fatigués, l’ombre de celle

qui nous observe

et le silence autour

qui protège

  Graciela Iturbe