Ru a disparu

.

au soir

j’ai repris le sentier

qui monte aux arbres

je vous ai espéré

longtemps

mais vous aviez cessé d’

être

j’en ai forgé qu’

à l’autre bout

– eut-il fallu traverser le miroir

le jour se couchait

Can Dağarslanı

Touffeur d’été

.

l’air chaud

et les étoiles qui clignent dans le ciel

j’imagine

.

ton visage à la faveur d’un écran

la douce inquiétude

peut-être

.

suis-je à l’autre bout

avec ces mots écrits l’après-midi

ou est-il déjà question de ce songe échoué

plus en amont

Chloe Meynier

Il neige en août

.

flocons de brume

lentement

sur du trottoir tiède

cela et autre chose

.

les heures passent

l’ombre dévore l’été

.

il faudrait sortir

moi-aussi me faire avaler

n’avoir rien à écrire

.

me succéder

Hülya Cömert

Trace de moi

.

la fois où tu sautais

sur la table

pour nous faire tomber

.

je m’en souviens

bien

c’était le matin

.

je sentais le soleil

sous ta peau

je m’accrochais

.

sans doute l’instinct

je ne voyais pas pourquoi

tu faisais cela

Minnie Evans

.

Ce que j’en sais

.

même

si le temps fait juter l’os

la somme reste la même

.

est

ce que le corps sait

avec la souche qui nourrit

la veine et les gestes de

l’au-dedans

.

il ne pleut pas

mais vois-tu

la langue s’ennuie

alors

de chercher un passage

des mains

une bouche

.

une ombre

qui viendrait se mélanger

à la mienne

Bharat Sikka

Ce que le ciel observe

.

dans le rêve

qui nous occupe

l’œil propage une lumière qui brûle

nos projets

ces visages ne sont ni les nôtres

ni ceux des autres

les voix dans l’oreille refluent

vers la lenteur des âmes et par-

dessus les arbres

s’amassent les nuages

inutiles

.

comme si la vie était prise ici

à son propre piège

Margharita Chiarva

Je me mens

.

de la place qui est la mienne

sur la table

je vois l’homme qui marche

avec une verseuse de café noir

.

aussi

des oiseaux gonflables

accrochés aux branches

tes yeux qui font face

.

sans doute

est-ce le lendemain ou le jour

d’avant

Egon Schiele

Les monstres ne chôment pas

.

ces crocodiles

longs de quelques centimètres

qui arpentent le parquet

l’œil fiévreux

ont-ils peut-être une mère qui attend

dans l’eau saumâtre

du bain

Pierre Alex

Aphasie

.

après

l’épreuve de la langue

– mots jusqu’à l’épuisement

le corps retrouve la rue

.

une joue pleure

l’air est sans trace

il y a

.

ce chemin

qui avance dans le vide

la vie est nue et

c’est la nuit

Diana Taman

Après coup

.

la nuit

où nous avons parlé de vous

et des autres

de ce qu’il advient quand

l’hiver inflexible dure sous la peau

un court instant

j’ai cru voir la lune

rosir

Jacques Bonenfant