Amer nuage

 

au-dessus

des grandes tours

qui courbent l’échine, un esprit

se consume dans l’azur. Coïncidence

ou non, des poudrins exotiques fusent

à l’aplomb.

Landon Spear

Les heures indoues

 

en tourbillon

les premières poussières de l’hiver

sur le faubourg. Aussitôt

Gemini,

 

le serpent d’acier

se resserre, du temps passe et

je m’inquiète :

même si je n’suis rien,

 

ce sol couvert

de lèpre, des murs derrière

les murs

si j’suis personne,

 

toute cette lumière fausse.

Seul ton rire

sur le tas de pierre.

personne

 Mattew Gamber

Octobre blanc

 

livrée

aux quatre vents

la page arrachée jadis

au cahier du jour. De survoler

un instant le jardin

avant de tomber dans l’eau grise.

Surgit alors

l’enfant que j’étais en mille neuf cent

soixante-treize.

Le visage maigre et noyé de pluie.

A l’endroit où se dressait hier

encore un chèvrefeuille

de Tartarie

image-e1448366370628 Albert Louden

 

 

Lettre à M.

 

des cristaux de gel

sur le bord de la fenêtre

: la nudité céleste.

Ou la nacre

d’un rivage dernier

l’intérieur silencieux

d’une conque

l’absence aussi.

Mais peu t’importe !

La saison froide

dis-tu, fait du vers

un art futile

Jean Baptiste Courtier

 

Au bout du monde


 

où finit la route

il y a une maison cachée

par la broussaille.

Avec des persiennes closes

et un véhicule abandonné

sur le bas-côté.

Où commence la route

une femme qui voit le soleil

descendre, récite un vers

à propos d’un arbre

plus haut que les autres.

Et ses escarpins rouges

flamboient dans la poussière

du soir.

 

tv

Mo Langel

 

 

 

Oyonnax

 

cette lumière crue

sur les murs du pavillon

d’autrefois.

Rien ne change. Le vieux saule hirsute et

le fil à linge, ces flocons d’écume

sans en avoir l’air. Du doigt

J’envisage un peu plus

de matière mais

loin de grossir, le songe éclate

enfin

 

 

tv

Ian Kline

Le charmant Som

 

du ciel brouillé

une ombre par-dessus

nos têtes. Et d’un coup seul

de franchir les crêts qui bordent

un versant désert.

Ainsi perçons-nous le conte

mon amour : une vallée couchée

sous un banc de brume

du vent furieux et des bêtes à l’entour

dont nul ne sait vraiment

le nom

tv

 

saatchi art

 

Cross street

.

Curieux

ces deux maisons

si proches l’une

de l’autre. A peine

une ombre entre les murs

passerait. De l’inversion

:  vivre au bord de l’abime

si près l’un de l’autre et

comprimer l’habitude

pour se fondre dans le vide

attenant

.

tv

 Liu Bolin

Au matin

 

une échelle de cordes jetée

du firmament

des rhizomes à foison

sous l’écorce

tiède

la terre qui fleure bon le sel

et l’agrume

ces deux soleils hauts

dans le ciel

 

Et le vieil indien

allongé sous un pommier

en fleur ?

 

tv

Mathias Valewink

Une vie comme ça

 

l’espace

empli d’une lumière

allusive, des fleurs éternelles et

trois cailloux repris

à la rivière

 

le sol jonché

de pareils résidus et

rien d’autre

 

 

 

si

le soir

cette enfant qui colle

le front à la vitre avant d’établir

le néant

 

© Jacques Bonenfant

Maria Svatbova