Cross street

.

Curieux

ces deux maisons

si proches l’une

de l’autre. A peine

une ombre entre les murs

passerait. De l’inversion

:  vivre au bord de l’abime

si près l’un de l’autre et

comprimer l’habitude

pour se fondre dans le vide

attenant

.

tv

 Liu Bolin

Au matin

 

une échelle de cordes jetée

du firmament

des rhizomes à foison

sous l’écorce

tiède

la terre qui fleure bon le sel

et l’agrume

ces deux soleils hauts

dans le ciel

 

Et le vieil indien

allongé sous un pommier

en fleur ?

 

tv

Mathias Valewink

Une vie comme ça

 

l’espace

empli d’une lumière

allusive

des fleurs éternelles et

trois cailloux repris

à la rivière.

 

Le sol jonché

de pareils résidus et

rien d’autre.

 

 

 

Si.

Le soir

cette enfant qui colle

le front à la vitre avant d’établir

le néant.

 

© Jacques Bonenfant

Maria Svatbova

 

 

Le jour d’après

.

ce jour

est un paysage perdu

dans la brume.

Pourtant

une chambre vivait ici et

dans cette chambre

un jour,  j’ai crié

: il pousse là

de si belles fleurs.

.

© tv

Yota Yioshida

 

Aylan

.

à peine

étions-nous partis

que la mer revint effacer

nos empreintes

sur le sable.

Le ciel était gonflé

de larmes, nous avancions

tête basse. Et le bruit des vagues refluait

vers les grands arbres

à l’endroit même

de nos habitudes.

.

© tv

Maryam Alakbarli

 

Boulevard de la Colonne

.

le corps baigné

d’une douce écume,

à marcher au hasard

parmi les ombres basses.

L’esprit palpite du bruit

que font les objets inutiles

l’astre rigole

et j’entrevois au loin

ces corps que la lumière

consomme.

.

©  tv

Carlo Zinelli

 

La femme pieuvre

 

.

le corps

impatient

de la femme pieuvre

sous le drap rose

le sel

de sa peau

humide

.

et creuse.

Le jour renaît.

De l’adolescent

que ses bras nombreux

enlacent, peu de chose

en vérité : des ailes

.

en papier vélin

un œil bien rond

et un fatras de mots

joyeux

qu’elle goûte

comme autant de fruits

amers.

.

©  tv

Francis Picabia – Héra

Conjectures

.

alors

que ferions-nous dans ce canot ?

Me

dirais-tu le jour d’avant ?

Saurais-je encore armer

deux rames ? Et laisserions-nous

le soleil fléchir nos corps blancs

et tournés ?

.

©  tv

Emmanuel Correia

 

Le beau lac

 

à l’envers

la dent du chat

qui frémit sur les eaux grises.

Quand du ciel

un rai comme l’avent

d’une saison craintive.

Le train oblique sur la gauche

: d’une roselière

le nez d’un canot engourdi

la roche muette et

la maison du poète

qui ne pissait que l’eau

claire

.

©  tv

Andy Denzler

Léonard

.

naître la seconde fois

au cœur de l’hiver

sans pleurs

ni douleurs inutiles.

Juste goûter

la couleur du jour

se défaire de soi

et écouter la voix sombre

chanter : Hineni,

Hineni.

©  tv

Louis Soutter