Mars

sans cesse

sous la ligne de pente

jeter les pieds

au devant de soi

.

jambes titubantes

de l’enfant au réveil

le souffle court et du sable plein

la tête

aller vers

l’endroit qui révèle au regard

la mer

Telle

.

à n’en plus finir

la façon du visage

dans le miroir des eaux

.

un œil en proie

à lui-même

aussi méfiant que la bouche

.

et l’écho de la voix

quand elle accouche d’une autre

que soi

Archeno

Rivière

.

nos corps blancs

que le courant emporte

au loin

.

l’eau n’est plus de l’eau

la lumière durcit et

l’œil est maintenant

.

si las que les racines

garnissent le ciel

vie absconse

.

au couchant

le passage se referme

sur lui-même

.

et les seuls visages

qui s’ouvrent sont ceux

qui n’ont pas de nom

 Abigael Varney

Photo de famille

 

un soir

alors que rien

ni personne

la porte s’ouvre et c’est l’hiver

l’air s’engouffre

il fait froid

les yeux se ferment

 

on se couche en silence

contre soi

 

vivre pour ne pas

vivre

 

on rassemble le peu

qu’il reste

Natacha Nikouline

 

Objets

.

une chaise paillée

 avec des petites tables

en bronze

.

également

une collection de vieux livres

rangés par pile

.

il faudrait un voile ici pour masquer

la couleur du  jour

 .

un lampadaire branlant

et deux tirages en noir et blanc

dans un cadre clair

.

un homme qui prie

sous un buisson ardent et une grappe d’enfants

accrochés à des grilles

.

telle est la pièce

vois-tu dans laquelle

j’attends

Boris Mikhailov

Au réveil

 

le frisson des feuilles

à la force du vent

avec ce vol d’oiseaux qui occupe le gris

du ciel

 

jalousement

 

mutité

du jour qui se lève

l’air est douloureux mais

le poème bruit de

l’intérieur

Vadim Solovyov

Presque un souvenir

 

l’œil boit

la saison qui s’achève

 

il boit le ciel

les arbres et le fruit

 

les voix chères

les visages

 

il boit l’abondance

ou le manque d’envie

 

aussi les lumières

qui défont la nuit

  Pierro Percoco

Après que la blancheur

.

au matin

l’œil revient

à ce qui lui est cher

puis il échappe

au gardien

.

toujours

ce même appel

un creux sans cesse

la chose qui tord l’intérieur

.

l’hiver

qui prend racine

Gyula Halász alias BrassaÏ

Poésie du chien

.

à l’heure dite

le corps solaire ne suffit plus

.

grise est la lumière

l’envers vaut l’endroit

et au vent montent les odeurs

des pierres

.

le silence

aussi on voit

le silence déplier ses ailes

par-dessus les toits

.

Jacques Bonenfant

Maude Schuyler Clay

Habitance

.

ce que tu dis

et ce qui est tu

.

ce premier tu qui avance

à son pas

le visage clair et sans entrave

ou l’autre

de ces mots

en petit nombre à chaque fois

ravis aux confins

du silence

.

et ce pendant – sais tu

à force de rien effile le mystère

ineffable

  Yean j Yue