Venise n’existe pas

 

enjamber

le gouffre qui traverse

la pierre

s’envoler du soir

au matin pour dépendre

le crin d’automne

pleurer

parmi les tessons de verre

ceux d’entre nous qui gisent

au sol

Boris Mikhailov

Le non-retour

 

accrochées au tissu

des murs

les ombres que tu croyais mortes

l’autre fois

 

leurs noms solubles dans l’éther

Tu dis :

 

la froideur de l’eau et tu as raison

les jours de lune et tu as raison

partir ou non et tu as raison

l’excès de mots et tu as raison

l’œil du commandeur et tu as raison

 

tu as raison

Marie Dashkova

 

 

Eboulis

 

Que voit-on

chez les enfants d’Anniston ?

Frisson d’eau et fenêtres ouvrant

la lumière, un long silence

à peine

un sourire pour écrire

la souffrance et rien de plus.

De petites pierres

enroulées dans la partie creuse

de l’édifice

tv5

image-e1448366370628 Samuel Bollendorff

 

La fin des fins

 

le claquement

du verrou que ta main

par deux fois tourne

un souffle et de plein fouet

l’atrophie du temps

 

à nouveau

le vent plein des senteurs pourries

de l’automne

Tayfun Gulnar

 

 

La maison du vide

 

Quand sera ce jour

j’habiterai

un fauteuil sous la fenêtre

des hommes et des femmes passeront

la tête

leurs voix seront sourdes

et j’oublierai la vielle promesse

 

Cette main qui se pose

sur mon épaule

 

Fernanda Frazão

Crépuscule

 

à peine un mot

ce mot et tu tournes

le dos

pour te fondre

arbre

parmi les arbres

dans les eaux noires

de la rivière

sans autre effet

que cette croix gravée

sur ton épaule

blême

image-e1448366370628Gus Powell

 

On marche

 

au fusain

une silhouette épaisse

sous un chapeau mou. Qui souffle

à ceux que le temps observe : de l’arbre

l’eau bleue, au vent

un sentier de pierres et la lune

parfois quand elle pend

à l’horizon

Joanne Ratajczak

 

 

Esprit fidèle

 

curieux

que nos rêves se croisent

encore sur ce rivage. En dépit

de l’air matinal et du tour indistinct

de nos voix.

Peut-être un souffle

prisonnier

Carla Sutera Sardo

 

 

Amer nuage

 

au-dessus

des grandes tours

qui courbent l’échine, un esprit

se consume dans l’azur. Coïncidence

ou non

des poudrins exotiques fusent

à l’aplomb.

Landon Spear

Les heures indoues

 

en tourbillon

les premières poussières de l’hiver

sur le faubourg.

Aussitôt

Gemini,

 

le serpent d’acier

se resserre, du temps passe et

je m’inquiète :

même si je n’suis rien,

 

ces sols couverts

de lèpre, ces murs derrière

les murs

si j’suis personne,

 

la lumière fausse

personne

 

seul ton rire

sur le tas de pierre

 Mattew Gamber