(de) Guillaume Apollinaire

 

 » Je donnerai un détail amusant de cette conversation que le hasard me fit avoir avoir la mère d’Apollinaire. Elle était venue au Mercure demander si on voulait bien lui donner les livres de son fils, livres dont elle n’avait jamais lu une ligne et dont elle venait seulement de découvrir l’existence. Elle ne savait rien de la réputation qu’il s’était acquise et il avait fallu sa mort pour qu’elle en devint curieuse. Je la renseignais comme il convenait et quand je lui eus donné à comprendre à sa grande surprise, ce qu’était Apollinaire, elle eut ce mot presque orgueilleux dans sa naïveté  :  » Mon autre fils aussi est écrivain. Il écrit des articles financiers dans un journal de New York. »

Paul Léautaud

(de) Y revenir

 

J’ai appris au fil des années que les bouts du monde étaient innombrables. J’ai longtemps cru que Provins était le seul possible, l’unique port au seuil d’une mer qui n’existait pas. J’ai longtemps cru que j’étais né au terme d’un voyage que je n’avais pas fait et que je ne pouvais accomplir qu’à rebours.

Dominique Ané

L’ordre

 

Je mets beaucoup d’ordre dans mes idées.

Ça ne va pas tout seul :

Il y a des idées qui ne supportent pas l’ordre

Et qui préfèrent crever.

À la fin j’arrive à avoir beaucoup d’ordre,

Et presque plus d’idées.

 

Géo Norge

Jean Dubuffet

Dédicace 14

 

Je voudrais rester là, dans la rue froide
pour voir deux fenêtres allumées sur une façade.
Celle qui demeure ici m’est très chère.
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.

 

Marcher jusqu’au coin, revenir lentement,
pour te voir apparaître, qui sait.
Te savoir si proche… Pourquoi rester ici ?
Mon cœur est malade, lorsque c’est éclairé.

 

Karin Boye

de Basho

 

Neige sur neige

Ah cette lumière de décembre,

celle de la lune claire.

.                *

La mer sombre dans la nuit –

les cris des canards

vaguement blancs.

.                *

Jour de l’an –

En y réfléchissant

triste comme un soir d’automne.

 

Basho

Hiroshige

(de Poésie)

.

La terre toute entière visible

mesurable

pleine de temps

.

suspendue à une plume qui monte

de plus en plus lumineuse.

 

Philippe Jaccotet

 Riego Van Wersch

 

Coutumes

ce n’est pas pour y habiter que nous construisons une maison
ce n’est pas pour habiter l’amour que nous aimons
et nous ne mourons pas pour mourir
nous avons une soif
et une patience d’animal.

.

Juan Gelman

 Geoff Brown

(de) cheveux emmêlés

 

Des cinq vêtements

Qu’elle portait l’un sur l’autre

Le souvenir d’un col

Où fleurissaient sur fond rose

Des chrysanthèmes en fil d’or

 

Yosano Akiko

Image Olivier Metzger

 

 

Niji Fuyuno

Je ne sais les yeux de qui dessinaient cette courbe-là

sur ma véranda

il y avait le filet éphémère de la lueur du soir

 

Niji Fuyuno

Image Marc Chagall